L’avenir incertain du musée Dupuytren, royaume des organes conservés dans des bocaux de formol

Squelettes en pagaille, fœtus malformés ou globes oculaires soigneusement rangés, voici un aperçu de ce que vous pouvez observer au Musée Dupuytren, à deux pas d’Odéon. Situé au sein de laboratoires de recherche du Couvent des Cordeliers, et en face de la faculté de médecine Paris Descartes, ce petit temple scientifique étudie depuis 1885 les anatomies pathologiques et particulièrement les anomalies morphologiques. Pour s’y rendre, redoublez d’attention car, après avoir demandé votre chemin, votre sens de l’orientation vous fera certainement défaut mais renforcera votre excitation. Et c’est seulement après vous être trompé plusieurs fois que la porte du musée apparaîtra sous vos yeux. Dedans, on y trouve plus de 6 000 objets entre moulages de cire, organes conservés dans des bocaux de formol ou diverses déviations osseuses.

© Céline Quintin
© Céline Quintin

La visite peut faire froid dans le dos ou choquer les âmes sensibles mais l’objectif est ailleurs. Et Patrick Conan, conservateur et guide, nous le fait comprendre : « Si vous vous baladez dans le Paris du XVIIIe siècle, vous serez un peu étonné de voir que certaines maladies s’apparentent aux individus des peintures de Jérôme Bosch. Elles ne sont pas entièrement identiques mais peuvent y ressembler. » A travers ses propos, on comprend que ce lieu retrace toutes les facettes de l’évolution humaine, de l’histoire de l’art à l’histoire de la littérature : « Vous pouvez parler de Rabelais avec la syphilis. Vous pouvez parler d’Homère avec les cyclopes. » La visite prend alors une tout autre tournure et l’on réfléchit sur ce que pourrait être notre société si ces pathologies existaient toujours en aussi grand nombre. On réalise également l’importance de conserver cette collection pour aider les scientifiques dans leurs recherches. Patrick Conan ne souhaite pas que les « gens ressortent d’ici en étant réduits à l’état de voyeurs ou en se disant que c’est le musée des horreurs ». Le conservateur atteint son but à merveille car lorsqu’on quitte les lieux, c’est l’aspect historique du musée qui nous reste en mémoire, plutôt que son côté galerie des horreurs.

Toutefois l’établissement, qui porte le nom d’un grand anatomiste et chirurgien français du XIXe siècle, est aujourd’hui contraint de déménager à la fin du mois sous prétexte de « locaux vétustes, non favorables à la conservation de la collection ». Celle-ci sera alors transférée dans les sous-sols de l’université Jussieu où, paraît-il, l’éclairage laisse à désirer. Seuls les chercheurs et étudiants de Jussieu pourront y accéder sur demande. Les conditions de ce transfert font naître la colère de Martine Chauffeté qui s’exclame qu’« un musée accessible sur rendez-vous n’est plus un musée ». Aujourd’hui, sa pétition recueille presque 11 000 signatures pour lutter contre cette fermeture déguisée. Face à son avenir incertain, vous avez jusqu’au 25 mars pour foncer au Musée Dupuytren. Deux conseils : arrivez tôt car les visites s’effectuent toutes les heures, ne laissant entrer que dix-neuf personnes, et prévoyez votre monnaie car vous ne pourrez pas payer par carte bleue.

Céline Quintin

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