Michel Houellebecq se met à nu au Palais de Tokyo

Qui a dit que la littérature ne pouvait se fondre dans la création plastique contemporaine ? C’est le défi que relève actuellement Michel Houellebecq au Palais de Tokyo. Dans son exposition intitulée Rester Vivant, également le nom de l’un de ses premiers essais, l’auteur polémiste nous propose un travail très textuel, lui permettant de ne pas s’éloigner de son amour de l’écriture. Entre photographies, vidéos et installations, l’artiste nous offre une palette de médiums qui nous plonge dans ses tourments : des œuvres plastiques maitrisées et riches de singularité.

© Céline Quintin
© Céline Quintin

L’expression « Il est temps de faire vos jeux » nous saute aux yeux avant même de commencer l’exploration. Telle une mise en garde qui contraint le visiteur à prendre position, c’est alors avec une certaine appréhension que nous pénétrons les murs houelbbecquins. Deux grands chapitres décomposent la visite. L’ambiance austère de la première partie dénonce l’absence de charisme de notre monde moderne. Du décor urbain sinistre au splendide coucher de soleil, l’homme ne semble plus être au centre des préoccupations. L’aigreur et la mélancolie s’accentuent dans la salle composée de cartes postales qui révèle les désastres d’un tourisme de masse.

© Céline Quintin
© Céline Quintin
© Céline Quintin
© Céline Quintin

Ponctuée de rencontres, la deuxième partie se veut plus optimiste. Loin du monde lugubre et sombre que nous venons de traverser, l’homme se réapproprie une valeur. Les poèmes de l’artiste s’invitent dans les peintures de Robert Compas dont les compositions aux allures enfantines rendent ce duo de supports parfaitement complémentaire. Michel Houellebecq donne également carte blanche au scénographe Maurice Renoma pour concevoir le décor d’une salle. Celle-ci ayant pour objectif d’exprimer sa vision de l’érotisme. Mais c’est surtout en consacrant une salle à Clément, son chien mort il y a cinq ans, qu’il se met véritablement à nu. Tel un sépulcre qui lui rend hommage, l’homme fait preuve d’une délicatesse extrême.

Finalement, chaque salle de l’exposition s’apparente à une page de journal intime. L’ambiance varie selon l’humeur et nous pouvons suivre l’évolution mentale de l’artiste. Cette invitation dans un univers aussi intime reflète une prise de risque évidente. Il est alors difficile de ne pas s’y laisser emporter. Les œuvres de Rester vivant appellent parfois à des interprétations subjectives et cette délicieuse sensation nous confronte à notre imagination sans jamais perdre de vue le raisonnement global du créateur. Ainsi, malgré la complexité des angoisses que nous parcourrons, le récit reste structuré. La force de Michel Houellebecq se trouve certainement ici, dans ce juste milieu. Dans cette exactitude à être « entre deux choses ».

Céline Quintin

Article rédigé pour Maze

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